C’est quand il est permis de se tromper qu’il est possible d’apprendre

Par COMPASS LABEL (@CompassLabel)

« Seules 10% des start-up françaises parviennent à survivre. » Pourtant, la fièvre entrepreneuriale se répand parmi toutes les générations, et nombre de projets continuent de voir le jour, parfois même après un premier, un deuxième, un troisième échec. Comment expliquer cet apparent paradoxe ?

Erreurs de jugement, mauvaises études de marché, idées saugrenues, problèmes de financement, ambition déraisonnable, gestion calamiteuse, management dysfonctionnel ou tout simplement mauvais endroit et mauvais moment… Les causes qui précipitent les jeunes entreprises vers l’échec sont potentiellement infinies et la littérature qui propose des moyens d’éviter les écueils foisonnante.

En France, incontestablement, l’échec est encore culturellement mal perçu. Dans le monde professionnel, ils sont nombreux ceux qui ignorent ce principe pédagogique essentiel : c’est quand il est permis de se tromper qu’il est possible d’apprendre. Autrement dit, les leçons d’un revers entrepreneurial peuvent faire la réussite d’une nouvelle entreprise.

Les entrepreneurs et futurs entrepreneurs gagneraient à s’inspirer de la gestion de l’échec dans le monde du sport. L’univers du sport possède en effet l’un des ratios les plus cruels et les plus aléatoires du rapport travail/expérience/chance/réussite. Cette alchimie est presque impossible à créer de manière parfaite ; même les meilleurs pronostiqueurs et les plus grands connaisseurs ne font pas fortune grâce aux paris sportifs.  Il est possible de mettre une pièce chaque week-end sur un pari combinant les victoires de Liverpool, du Real Madrid et du Paris Saint-Germain dans leurs championnats respectifs, il se trouvera trop souvent une contre-performance pour contrarier votre fortune.

C’est justement toute son imprévisibilité qui fait la magie du sport. Les meilleurs échouent parfois, les outsiders ont toujours une chance de vaincre, et les sommets conquis à nouveau après les descentes aux enfers font les victoires les plus légendaires et les plus émouvantes.

Martin Fourcade, Lindsey Vonn, Floria Gueï : ces trois sportifs qui ont su gérer les difficultés et gagner lorsqu’on les croyait perdus sont des modèles bien au-delà du monde du sport.

Martin Fourcade tout d’abord, parce qu’il a su se reconstruire mentalement, se remettre en question, et faire le choix du collectif. C’est une saveur particulière qu’ont eu les Championnats du monde de biathlon de février 2020 à Antholz, en Italie, avant que la saison soit interrompue par la pandémie de Covid 19. La saveur d’une reconquête pour un athlète quintuple champion olympique, qui collectionne les records dans sa discipline. Comment celui qui avait sombré dans son sport un an auparavant a-t-il réussi à réunir à nouveau l’énergie et le talent nécessaires pour arracher en 2020 le titre de champion du monde de l’individuelle et celui du relai masculin ? En premier lieu, en travaillant son mental pour gagner en sérénité et accepter les difficultés afin de mieux les gérer. Psychologiquement épuisé la saison précédente, Martin Fourcade perdait ses sensations sur les skis, craquait au tir par manque de confiance en lui, et ne semblait plus éprouver aucun plaisir en compétition. En retrouvant son mental, il a retrouvé son niveau. Ensuite, en acceptant de réinterroger tous ses choix sportifs avec le staff de l’équipe de France, notamment sa stratégie de tir, ce qui était loin d’être une évidence pour un immense champion. Enfin, le biathlète s’est montré plus attentif au collectif et a donc bénéficié, dans un cercle vertueux, des excellentes performances de ses co-équipiers de l’équipe de France.

Lindsey Vonn, ensuite, championne américaine de ski alpin, qui fut sans conteste la reine de sa discipline. C’est sans doute parce que sa carrière a côtoyé les plus hautes cimes comme les plus profonds abysses qu’elle lui a permis de faire tomber tant de records. La championne olympique de descente était prête, à chaque course, à tout risquer pour gagner. C’est-à-dire y compris à risquer de tout perdre car à 130km/h sur des pentes verglacées, les chutes ne pardonnent pas. Lindsey Vonn est probablement l’une des skieuses qui s’est le plus blessée durant sa carrière. Son retour en force le plus spectaculaire est celui qui a suivi sa terrible chute en février 2013 sur le super-G de Schladming en Autriche, qui lui avait valu d’être évacuée de la piste par hélicoptère. Alors qu’elle donnait tout pour revenir et participer aux Jeux olympiques de Sotchi à peine un an plus tard, elle dut faire face à deux autres chutes qui mirent fin à ce rêve. Pourtant, elle n’abandonna pas et renoua avec la victoire dès le mois de décembre 2014. La méthode Vonn, c’est une opiniâtreté sans faille dans la rééducation, des heures d’exercices fastidieux loin de l’adrénaline de la neige, l’acceptation de la douleur et de la difficulté, et un travail mental suffisant pour ne jamais laisser la peur l’emporter au moment de franchir le portique. Autant de leçons dont les entrepreneurs peuvent s’inspirer, quelle que soit leur activité.

Enfin, Floria Gueï, car elle a su aller chercher le succès malgré un mauvais départ. Lors de la finale du relai 4x400m des Championnats d’Europe d’athlétisme à Zurich en août 2014, les concurrentes russe, anglaise et ukrainienne sont largement en tête au départ du dernier tour de piste. Dernière relayeuse française, Floria Gueï est, en 4ème position, loin derrière. Les propos des commentateurs sont implacables : « Il n’y aura pas de podium pour les Françaises, parce que là, on ne revient pas. » A priori impossible de remonter un écart de 12 mètres avec le peloton de tête : à moins de 200 mètres de la ligne d’arrivée, c’est l’équivalent d’une traversée du désert. La foulée de Floria Gueï s’allonge, sa technique est parfaite, sa stratégie de course ajustée, et sa détermination sans bornes. Les trois concurrentes qui se livrent un combat sans merci et s’épuisent devant elle ne la voient pas revenir de plus en plus vite. Elle rattrape la troisième, puis la deuxième, puis la première concurrente et franchit la ligne d’arrivée en première position dans un stade stupéfait. Floria Gueï a livré les leçons de sa course : « A ce moment-là, il faut que je fasse le travail. Déçue par ma course individuelle quelques jours plus tôt, j’avais envie de bien faire pour le collectif. J’étais lucide et concentrée. » Autrement dit, même lorsqu’il fait face à de grandes difficultés, un entrepreneur doit garder la clarté d’esprit d’avoir en ligne de mire la réussite.

C’est parce que les athlètes accomplissent parfois l’impossible, et ceci de manière tout à fait rationnelle, qu’il est intéressant de s’en inspirer.