Catégorie : Boussole

BOUSSOLE #8 – Sommes-nous encore capables d’inventer ?

Sommes-nous encore capables d’inventer ? 

Par Agathe Cagé (@AgatheCage)COMPASS LABEL

Nous sommes àl’heure où la 5G nous promet une révolution de la chirurgie comme de l’automobilité. À l’heure où l’intelligence artificielle et les traitements inédits des données qu’elle permet ouvrent pour la santé, la protection de l’environnement, la banque…, des voies jusque là non explorées. À celle qui voit les blockchains transformer en profondeur l’ensemble des relations contractuelles, et donc humaines. Nous percevons au quotidien l’impact de ces changements, sans toutefois toujours en saisir les implications à long terme. Mais nous prenons rarement le temps de nous poser une question pourtant fondamentale : emportés dans une course que nous semblons vouloir sans fin aux innovations, sommes-nous encore capables d’inventer ?

Sur la longueur, le film Ad Astra de James Gray, dédié à la quête par un homme d’un sens à sa vie à travers le prisme de l’exploration spatiale, ennuiera sans doute autant de spectateurs qu’il en comblera. Sa première demi-heure vaut cependant le détour pour tous. Car le réalisateur new-yorkais nous y emmène sur une Lune habitée par l’homme. Et, mis à part le gris prédominant dans son atmosphère, tout y est semblable à la Terre. Ou, plus exactement, tout y est semblable au pire de ce que l’homme a fait de la Terre : sur-marchandisation du voyage, atterrissage dans un centre commercial automatisé, marchés captés par des grandes chaînes mondialisées en manque d’identité, travailleur éloigné malgré lui de sa famille, conflits pour la possession des ressources…

Vous pensez que le paysage lunaire de James Gray manque d’audace ? Mais êtes-vous vraiment sûr que, dans quelques années, le retour d’astronautes sur la Lune et l’établissement d’une première base lunaire conduiraient à une réalité différente ? Nous partageons sans doute quelques certitudes : les véhicules lunaires ne se déplaceront pas au pétrole et l’état de santé de ceux qui s’installeront sur le satellite de la Terre sera suivi à distance en temps réel avec la plus grande précision. Saurons-nous, au-delà, inventer de nouvelles références, de nouveaux modèles pour cette planète qui s’offrira à nous ? Avons-nous encore assez d’imagination pour penser un territoire sans frontières et sans revendications de souveraineté ? Pour, plutôt que de chercher à nous emparer de nouvelles ressources, les considérer dès le premier instant comme des biens communs ? Pour proposer un système économique ne reposant pas sur la propriété privée ? Pour mettre de nouvelles valeurs au cœur des relations sociales ? Ou nous contenterons-nous d’une base lunaire ouverte à un tourisme de luxe et obéissant à des objectifs de rentabilité ?

Numériser, ubériser, créer des algorithmes performants, …, c’est faire preuve de créativité. Une créativité d’ailleurs parfois limitée quand les start-uppeurs ne se donnent plus comme ambition que d’appliquer à tel ou tel secteur un modèle qui a fait ses preuves dans un autre, pour les uns celui d’Uber, pour les autres celui de Netflix. La capacité créative est une mesure intéressante du dynamisme d’une économie. Elle dit toutefois peu de l’aptitude d’une société à se transformer en profondeur. La maîtrise des technologies de l’intelligence artificielle nourrit la capacité créative et, lorsque les modèles économiques ont été soigneusement conçus, également la performance. Mais quelle est la dernière innovation que vous avez rencontrée vis-à-vis de laquelle vous avez eu l’impression d’être face à une découverte ? ll y a certes les progrès scientifiques exceptionnels de ceux qui, par exemple, ont réussi à reconstituer l’image d’un trou noir aux confins de l’espace. Cependant, au-delà, nous sommes en mal d’explorateurs, de défricheurs, de briseurs de carcans. Nous ne nous surprenons même plus de n’entendre des « c’est historique » que dans la bouche de commentateurs sportifs. On peut se réjouir de la diffusion de l’esprit entrepreunarial. Mais il ne prendra vraiment sens que lorsqu’il rencontrera l’audace d’inventer.

 

 

BOUSSOLE #7 – Préférez les ideas killers aux cost killers !

Préférez les ideas killers aux cost killers !

Par COMPASS LABEL (@compasslabel)

« Le rachat de Monsanto était et est toujours une bonne idée ». Voici ce qu’a déclaré au journal Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitungen mars 2019 Werner Baumann, le PDG du groupe Bayer.

Une affirmation pour le moins étonnante au regard de la spirale vertigineuse dans laquelle cette acquisition a plongé le groupe pharmaceutique, de chute libre du cours en Bourse en coûteux procès entraînés par les révélations sur les ravages du glyphosate.

Il y a parfois des idées dont on se dit, mauvaise fois ou aveuglement mis de côté, qu’il aurait mieux valu les tuer dans l’œuf.

La course aux idées neuves est certainement ce qui permet aux plus beaux progrès conçus par l’imagination et l’intelligence humaine de voir le jour et de se matérialiser.

Mais cette course aux idées, qui n’a jamais été aussi effrénée qu’aujourd’hui, prend parfois des chemins qui la font basculer sur la pente de l’inefficacité, voire de l’erreur, ce qui, à l’heure où la maximisation de la performance est considérée comme le graal de toute croissance économique, équivaut trop souvent à un irréversible échec.

Il suffit d’observer le désarroi dans lequel le maire de Lyon, incarné par Fabrice Luchini dans le film Alice et le Maire sorti en salles début octobre, est plongé quand, après avoir passé trente ans de vie politique à imaginer de nouvelles idées, il a l’impression que son esprit tourne à vide : « J’ai toujours eu des idées. J’avais 25, 40, 50 idées par jour. Et puis je me suis réveillé un matin, je n’avais plus d’idées. »

Forcer à tout prix l’émergence continue d’idées nouvelles peut entraîner des effets néfastes au sein des organisations, user les cadres et les équipes, éloigner les entreprises de leur raison d’être, générer des diversifications hasardeuses, faire perdre une part de lucidité aux dirigeants.

(Se) contraindre à fournir trop d’idées, c’est en effet nécessairement accepter un risque élevé : celui d’en laisser passer des mauvaises diluées au milieu des bonnes. Il ne serait pas inutile de voir se développer dans les entreprises des métiers nouveaux de régulateurs d’idées. Tout comme existent les « cost killer » pourraient se multiplier les « ideas killer », des trouble-fêtes en puissance, une fonction qui nécessiterait recul, froideur, rationalité et bienveillance. Contenir les geysers d’idées, ce serait à la fois filtrer celles qui ruissellent des directions et des N+1, et endiguer le tsunami d’idées qui remontent des collaborateurs.

Les cimetières des fausses bonnes idées sont nombreux et bien remplis. Il existe même des musées qui regorgent d’échecs d’innovations et de ratés industriels. C’est le cas en Suède, pays dont la culture est pourtant davantage marquée par la tempérance et la mesure que par l’exubérance et l’excès), où la ville d’Helsinborg a longtemps abrité le Museum of failure. Ce musée des échecs présentait une collection de loupés de première classe, du Nokia N-Gage, qui à l’orée des années 2000 a tenté de combiner console de jeu vidéo et téléphone portable ou du Apple Newton, un assistant personnel, ancêtre de l’iPad, qui n’a jamais réussi à s’imposer face à une concurrence déjà bien installée. Ironie du sort, le musée a définitivement fermé, entérinant l’échec du musée des échecs.

L’actualité est aussi pleine d’idées dont on se surprend tous les jours à se demander pourquoi elles n’ont pas été tuées dans l’œuf : pourquoi s’être persuadé de conclure un partenariat public-privé ubuesque pour gérer le nouveau tribunal de Paris, ôtant ainsi toute liberté du quotidien à ses occupants, y compris lorsqu’il s’agit simplement d’installer un pupitre dans une salle de conférences, prestation facturée plusieurs centaines d’euros ? Pourquoi des entreprises star de la nouvelle économie s’échinent-elles, fiévreusement atteintes de folie des grandeurs, à trouver de nouvelles idées et financements afin de garantir une expansion précoce, explosive et titanesque jusqu’à l’absurde, quitte à faire face à des pertes colossales ? À cette aune, les difficultés rencontrées par Uber constituent un exemple intéressant. Un sommet dans le large paysage des idées absurdes fut atteint avec le scandale du Fyre festival, une gigantesque opération visant à promouvoir une application de booking de célébrités pour des événements privés lancée par un golden boy de la tech new-yorkaise. Promu en quelques heures dans le monde entier par de puissants influenceurs et présenté comme un festival de musique ultra select et luxueux aux Bahamas, le projet leva des dizaines de millions d’euros en un temps record, sans pilotage sérieux ni délais de montage réalistes, et tourna à une gigantesque arnaque flouant des milliers de participants ayant dépensé des fortunes pour un festival annulé le jour de son lancement.

Le Fyre festival fit le bonheur des internautes moqueurs, ébahis par le ridicule de la situation. Les réseaux sociaux sont d’ailleurs, à travers plusieurs comptes parodiques, un miroir intéressant de l’absurdité d’une course trop effrénée à l’innovation et aux idées. On ne peut que conseiller de jeter un œil sur Instagram à @unecessaryinventions, dont le propriétaire « développe des produits pour des problèmes qui n’existent pas ». On y trouve en vrac un parapluie pour Smartphones, d’encombrants porte-paille en plastique ou un sac à dos en forme de baguette de pain permettant de transporter sur son dos uniquement une baguette de pain.

Il faut savoir parfois admettre, avant que sa matérialisation ne soit trop avancée, qu’une idée est mauvaise. Combien de fois vous êtes-vous, membre d’une équipe, submergé de travail, écrasé comme vos collègues par les rouages de ce qui constituait initialement un projet rafraîchissant et s’est transformé en usine à gaz aux ramifications interminables, interrogé à voix haute suite à une réunion épineuse où divergences et susceptibilités se sont entrechoquées : « mais n’y avait-il pas une réunion où l’on avait tué ce projet ? ».

Cela ne signifie pas que les idées les plus audacieuses doivent susciter davantage de suspicion. Certains des plus beaux succès industriels s’apparentaient au départ à une idée risquée. Il n’était pas évident que Yamaha, dont l’activité première était la fabrication d’instruments de musique, se mette à fabriquer des motos après avoir été contrainte à fabriquer des hélices d’avion pendant la Seconde Guerre Mondiale, ou que Nokia, spécialisé initialement dans l’industrie du papier et du caoutchouc, devienne plus tard un acteur incontournable des télécommunications.

Simplement, dans les process d’idéation, peut-être faudrait-il apprendre collectivement à ralentir et à promouvoir une petite dose de minimalisme et de dépouillement. Les idées qui survivront n’en seront que meilleures.

 

BOUSSOLE #6 – 3 conseils pour bien réussir votre rentrée

3 conseils pour bien réussir votre rentrée

Par Agathe Cagé (@AgatheCage)COMPASS LABEL

La trêve estivale est terminée, c’est un fait. Vous avez remisé les tongs et la chemise hawaiienne au placard. Vous avez recommencé les conversations autour de la machine à café. Vous attendez peut-être avec impatience la sortie des premiers téléphones pliables. Mais vous ressentez indistinctement un blues de fin de vacances. Ne lui laissez pas place grâce à nos trois conseils pour une rentrée réussie.

Réussir sa rentrée, c’est tout d’abord ne pas laisser le stress s’installer. Un défi de taille en France où le culte de la performance se nourrit en partie d’une forme de survalorisation du stress (un collaborateur qui ne semble pas être sous pression ne serait-il pas au fond qu’un je-m’en-foutiste ?). Ne vous faites pas une nouvelle fois piéger par cette fausse tyrannie de la mise sous contrainte. Si vous vous savez sujet au stress, commencez par en identifier les causes (sensation d’un manque de maîtrise dans votre travail, besoin de plus d’empathie de la part de vos collègues et de vos managers…) pour remédier à chacune d’elles. Attachez-vous également à mettre à distance la sensation de pression ; tentez pour cela, pour reprendre les mots du psychiatre Michel Lejoyeux, de « faire taire la voix de la culpabilité ». Prendre conscience du fait que ce sont, comme le souligne son collègue Patrick Légeron, « nos pensées qui produisent le stress », représentera une première étape importante.

Réussir sa rentrée, c’est ensuite mieux apprendre à déléguer. Les objectifs que vous vous êtes fixés pour la fin de l’année sont sans nul doute particulièrement ambitieux. Vous ne les atteindrez pas seul, et vous ne les atteindrez pas sans augmenter votre degré de confiance dans vos collaborateurs (n’oubliez pas que le déficit de confiance des Français, ainsi que l’ont montré Pierre Cahuc et Yann Algan, entrave leurs capacités de coopération). Préférez pour cela la disponibilité à la surveillance: des échanges bienveillants et réguliers avec vos équipes les rendront bien plus efficaces qu’un contrôle nourri de méfiance permanent.

Profitez enfin de cette rentrée pour prendre pleinement conscience du sens de votre travail. Si ce dernier vous paraît manquer d’impact concret sur la société, peut-être en a-t-il un très direct et positif pour vos collègues. Si la cible que vous souhaitez atteindre vous semble si éloignée qu’elle devient pour vous source de démotivation, alors tentez de vous remotiver en optant pour la politique des petits pas. Ainsi que le soulignent les auteures de No Hard Feelings: The Secret Power of Embracing Emotions at Work (Hardcover, 2019), diviser un objectif en micro-étapes permet d’éprouver un sentiment d’accomplissement à la fin de chaque journée.

Bonne rentrée !

 

 

BOUSSOLE #5 – Osons le mode « ne pas déranger »

En mode « ne pas déranger », augmentons notre créativité

Par COMPASS LABEL (@compasslabel)

Il y a quelques mois, Apple a ajouté à l’une de ses mises à jour de l’IOS une nouvelle fonctionnalité, le « temps d’écran ». Il suffit d’aller dans les réglages de son appareil pour y avoir accès. On y trouve une multitude d’informations, de chiffres et d’infographies : temps journalier ou hebdomadaire passé sur son téléphone, progression, moyennes, répartition par type d’application (jeux, réseaux sociaux, lecture, information…) et par application, nombre d’activations, nombre de notifications… Il est même possible de définir des temps d’arrêt, de se fixer des limites d’utilisation en fonction des applications que l’on estime trop chronophages, ou de définir au contraire des autorisations systématiques.

Cette fonctionnalité est révélatrice de la préoccupation croissante des consommateurs concernant leurs usages du téléphone et des technologies digitales de manière générale. L’inquiétude des parents liée au temps d’exposition aux écrans de leurs enfants et aux troubles éventuels (de la concentration, de la sociabilité…) que cette exposition peut provoquer incite d’autant plus les grands acteurs du numérique à proposer des réponses permettant à chacun d’effectuer une sorte d’autosensibilisation pour prévenir ou lutter contre les dérives de l’addiction aux écrans.

Au-delà de la sphère privée, le phénomène s’observe également dans le monde du travail. Bon nombre de managers et de dirigeants d’entreprise tentent de limiter l’usage du téléphone dans leur organisation, considérant que qu’il serait un facteur systématique de perturbation des réunions aussi bien que de dispersion et de déconcentration, et serait donc néfaste à la performance et à la productivité des collaborateurs et donc de l’entreprise.

Certes, il est indéniable que l’abus d’utilisation des outils numériques et des smartphones en particulier peut être nocif passé une certaine limite. Mais n’a-t-on pas tort de diaboliser un outil qui s’est rendu indispensable, y compris au travail ?

Avez-vous déjà remarqué, dans une situation où vous vous êtes retrouvé privé de votre smartphone (une réunion qui s’est éternisée et durant laquelle vous n’aviez plus de batterie, une conférence complexe de début d’après-midi où son usage était interdit…), à quel point il est difficile de rester concentré ou même de lutter contre le sommeil, sans avoir le loisir de jeter, l’espace de quelques secondes, un coup d’œil à ses notifications, à un réseau social ou même tout simplement à l’heure ? De la même manière qu’un bâillement est un réflexe qui permet de réactiver notre vigilance ou au contraire de nous détendre, le smartphone nous maintient réveillé, en alerte, tout autant qu’il détourne un instant notre attention. Les effets neurologiques des notifications de notre téléphone nous stimulent. Notre rythme cardiaque, notre respiration, sont modulés par leur apparition.

Parce que les salariés sont mis toujours davantage sous pression et font l’objet d’une demande de réactivité et de productivité croissante, dans un monde du travail en accélération constante, où prévalent la tyrannie des délais et la course aux chiffres, la fatigue croissante au travail demande des temps de respiration.

Le smartphone permet également, au-delà de la stimulation de nos neurones, une évasion temporaire qui peut réveiller la créativité. Il convient bien entendu de toujours faire preuve d’un minimum de raison, car s’abrutir sur des applications de jeux pendant des heures n’apporte rien d’autre qu’une réponse temporaire à une fatigue ou un stress permettant de focaliser notre attention sur autre chose, d’échapper à nos difficultés, et n’aide en rien à la productivité ou à l’inventivité. Mais consulter les réseaux sociaux, lire un article, regarder une vidéo, écouter un morceau de musique en streaming, constitue pendant quelques minutes une fenêtre d’évasion qui peut stimuler l’imagination et donner des idées nouvelles.

Il est prouvé que les exigences de performance trop élevées nuisent fortement à la créativité. Or, la créativité est ce qui fait notre valeur dans le monde du travail, nous différencie, à compétences égales, de nos collègues, donne du sens à nos actions, à notre rôle. Forcer sa concentration pendant des heures sur un dossier ou un sujet, assis à son poste de travail ou en réunion, accumuler les heures supplémentaires, faire du présentéisme, cocher des multitudes de cases dans des to do listes interminables, remplir des agendas partagés déjà surchargés : où se situent les espaces de créativité dans tout cela ? Les idées nouvelles ne surgissent pas forcément dans ces heures dites productives assommantes, mais au contraire au cours de ces instants où l’on permet à notre cerveau de respirer. Les idées arrivent souvent aux moments les plus inattendus et dans les lieux qui pourraient sembler les moins propices, beaucoup plus facilement qu’en réunion de brainstorming par exemple, où elles ne passent en général pas le crash test de l’opinion des autres, nourrie par un fond de pessimisme, de rationalité couperet ou de concurrence malveillante.

Il n’y a jamais eu autant de créativité, d’idées, de bonnes idées et d’informations qu’aujourd’hui, dont chacun peut s’inspirer, partout dans le monde, et internet et les réseaux sociaux en regorgent à foison. Peu importe finalement que l’image ou le reflet d’un post Facebook ou Instagram que l’on prend quelques secondes ou quelques minutes à consulter, qui nous fait rêver, nous stimule ou nous fait rire, soit authentique ou fabriqué, tant qu’il provoque en nous une réaction, un avis, une inspiration ou simplement nous offre un moment de détente. Encore faut-il que l’on ne soit pas constamment parasité par les notifications d’une boucle Whatsapp, d’un message Slack, d’un mail soit disant « TTU », venant briser le fil de notre réflexion. Au-delà d’une utilisation moindre et plus raisonnée de nos smartphones au travail, peut être faudrait-il s’autoriser, quelques minutes par jour, à activer le mode « ne pas déranger » sans culpabiliser.

 

BOUSSOLE #4 – Cherchez l’erreur, vous trouverez le succès

Cherchez l’erreur, vous trouverez le succès

Par COMPASS LABEL (@compasslabel)

L’imperfection est une valeur sous-estimée, affirmions-nous dans notre Boussole #2, évoquant le besoin d’y prendre goût pour améliorer la créativité, la productivité, et augmenter la confiance des managers envers leurs collaborateurs et vice-versa. Élargissons cette réflexion aux champs de l’erreur et de l’échec, souvent conspués dans la culture française.

L’erreur et l’échec sont tout autant dévalorisés que sont louées, a contrario, la réussite et son corolaire l’ambition. Ambition que certains ne manquent cependant pas d’associer régulièrement à de l’opportunisme au mauvais sens du terme. Faut-il se méfier de l’ambition ? Toute réussite dans un monde professionnel de plus en plus complexe suppose une ambition même modeste, pour parvenir à ses fins, trouver une forme d’équilibre, si ce n’est d’épanouissement. Mais l’ambition peut être néfaste si elle s’inscrit exclusivement dans un rapport de rivalité.

Pourquoi tendons-nous en France à systématiquement opposer ambition et erreur ? Bien sûr, l’échec ou l’erreur peuvent constituer des grains de sel venant se glisser dans les rouages de l’ambition. Pourtant, en se retournant sur son propre parcours, il est fort probable que chacun retrouve le souvenir enfoui d’une erreur, d’un échec qui a conduit à un ré-aiguillage, une réorientation, ou à un dénouement positif, témoignant de notre capacité à nous adapter à une situation inconfortable, hostile ou inattendue. Car c’est d’abord hors de sa zone de confort que chaque individu trouve les ressources lui permettant de progresser réellement, plutôt que dans l’enchaînement de petits succès. La contrainte réveille l’imagination. Certes, l’échec nous renvoie à nos peurs et colères, et peut mettre en difficulté ceux qui se laissent déborder par le sentiment de frustration qu’il fait naître. C’est à eux que nous devons apprendre à transformer leur aversion pour l’erreur en dynamique positive. Rappelons-leur pour cela l’histoire de Ken Mattingly, l’homme qui ne s’envola pas vers la lune.

Mattingly, astronaute américain des plus talentueux de la NASA, était censé prendre part à la mission lunaire Apollo 13 en avril 1970. Est-ce parce qu’il était plus réservé, et semblait montrer un peu moins d’ambition que les autres membres de l’équipage que la NASA lui a imposé deux jours avant le décollage de rester sur terre, avançant un risque de développement de la rougeole (maladie qu’il ne contracta jamais) pendant la mission ? L’histoire ne le dit pas. Mais suite aux extrêmes complications intervenues durant le voyage vers la Lune, mettant en péril la vie des membres de l’équipage, c’est de la terre que Ken Mattingly accomplit un des plus grands exploits de l’histoire de la conquête spatiale en prenant la direction de l’opération de sauvetage et en trouvant la solution scientifique qui permit à ses coéquipiers de rentrer en vie.

Actons que chacun d’entre nous a le droit de se tromper, de ne pas nourrir l’ambition de réussite déraisonnée que la pression sociale persistante nous impose, que cela peut même s’avérer productif, et que le cheminement, aussi sinueux soit-il, est plus enrichissant que l’aboutissement, la performance à tout prix, voire la pure production dénuée de sens.

Un comportement professionnel guidé par la seule poursuite d’une ambition démesurée ne produit que rarement une valeur ajoutée hors du commun. L’une des principales causes d’échec de start-up prometteuses est d’avoir eu les yeux plus gros que le ventre, d’avoir réussi des levées des fonds vertigineuses et de s’être imposé un rythme de croissance ahurissant avant même d’avoir pensé au sens, aux objectifs poursuivis, à leur raison d’être. Prendre le temps de cheminer, c’est-à-dire de tracer avec discernement la route que l’on souhaite parcourir, c’est également prendre le temps de l’introspection, condition essentielle à l’ouverture, à la curiosité et l’empathie envers les autres, valeurs sans lesquelles aucun travail d’équipe de long terme ni aucune poursuite d’un bien commun ne sont possibles.

Winston Churchill, qui fut incontestablement un grand meneur d’hommes, chef de guerre et homme d’Etat ayant infléchi le cours de l’histoire, affirmait : « Commettre une erreur grave peut vous être plus utile que la décision la mieux pesée ». Allons-même plus loin en affirmant que si vous n’avez pas commis d’erreur, c’est que vous n’avez rien fait.

BOUSSOLE #3 – Génération Kinder

Génération Kinder : quand le clé en main est dépassé

Par Agathe Cagé (@AgatheCage)COMPASS LABEL

L’époque est aux paradoxes. Parmi lesquels ; alors que l’accélération des rythmes de vie paraît inarrêtable, le « prêt-à » – -poster, -manger, -porter, … –, fait de moins en moins recette. Étouffant dans des journées trop courtes, nous tenons quand même à « prendre le temps » d’imprimer nos timbres avec des photos de vacance, d’ajouter nous-mêmes le contenu d’un sachet de graines dans nos yaourts, et même de décorer, dans un espace dédié en boutique, notre jean H&M avec une broderie et de coudre des écussons Totoro sur une marinière Petit Bateau, la marque à rayures ayant fait le choix dans le cadre de cette collaboration avec les studios Ghibli de vendre les deux pièces séparément plutôt qu’un vêtement déjà revisité.

Les clients n’ont pas attendu que toutes les entreprises définissent leurs raisons d’être pour se comporter en véritables parties prenantes. Derrière leur besoin de se montrer actifs, se dit un refus de n’être que de simples récepteurs des biens et des services qui leur sont proposés. C’est d’ailleurs une des limites du néologisme consomm’acteur, trop centré sur une vision dépassée de la consommation figée dans son étymologie latine (consummatio, accomplissement), celle d’un simple achèvement. Car le client n’est pas seulement acteur dans ses choix, prompt à se renseigner sur les provenances et les compositions pour faire preuve de responsabilité. Il tend de plus en plus à vouloir participer de la réalisation du bien ou du service sur lequel se porte son intérêt.

Votre client – qu’il soit citoyen-consommateur, collectivité territoriale ou client business – aime à pouvoir enrichir le choix qui lui est proposé. Qu’il vous l’ait formulé explicitement ou qu’il ne vous ait envoyé que des signes en ce sens, il demande à participer au bien ou au service qu’il achète, à avoir à entériner des options et à en éliminer d’autres, à être inclus au moment de poser le point final. Il a, en un sens, goût à l’inachèvement et à l’imperfection car elles lui permettent de contribuer à la finalisation de ce qu’il s’apprête à acquérir. Il préfère à du « clé en main » un peu trop surplombant la possibilité d’assembler à sa convenance un ensemble de briques.

Cela a d’ailleurs été le génie, il y a plus de cinquante ans maintenant, des concepteurs des Kinder Surprise. La taille trop réduite de la capsule plastique qui contient les jouets ne permet de proposer que des pièces non assemblées ; le moment de l’assemblage réjouit bien plus les enfants que celui de la possession du jouet, bien vite oublié au milieu d’une douzaine d’autres dans le coin d’une chambre.

Les analystes des principales tendances de consommation comme des transformations RH se sont sans doute trop focalisés ces dernières années sur la transformation digitale et la maîtrise des compétences numériques comme grilles de lecture des évolutions et de discrimination entre générations et comme condition indispensable pour satisfaire un besoin de rapidité, de performance, d’immédiateté et de complétude. Car qu’ils fassent partie ou non des digital natives, les clients vingtenaires, trentenaires, quadra et quinqua appartiennent aux « générations Kinder ». Ils veulent pouvoir être des protagonistes de la création du bien ou du service qui s’apprête à entrer en leur possession.

La conséquence ? L’objet ou le service que vous avez conçu et peaufiné pour qu’il soit parfait à vos yeux déçoit le client, par son aspect trop achevé. Apprenons à accepter cet autre paradoxe de l’époque. Vos clients seront d’autant plus satisfaits si la touche finale n’a pas été apposée sur votre produit, car elle sera à leur main. Si vous souhaitez que l’on vous accompagne en ce sens, contactez Compass Label.

BOUSSOLE #2 – Prendre goût à l’imperfection

L’imperfection, clé d’une stratégie d’innovation réussie

Par Agathe Cagé (@AgatheCage) – COMPASS LABEL

L’imperfection est une valeur malmenée et sous-estimée.

Il n’y a de pire bride à la créativité que l’exigence de perfection, que celle-ci soit imposée aux équipes par leurs managers, ou qu’elle soit une contrainte que le collaborateur s’impose à lui-même. Le rapport pathologique à l’erreur développé par les Français dès leurs premiers pas dans le système scolaire les conduit à l’âge adulte à s’enfermer dans une équation stérilisante : mieux vaut ne pas faire que faire imparfaitement afin d’éviter l’erreur, elle-même synonyme d’échec.

Or, à l’inverse, apprendre à s’appuyer sur l’imperfection de ses propres connaissances et compétences dans les moments de créativité est un levier d’innovation qui présente un grand potentiel.

Amener des managers à penser et réfléchir, pendant une matinée ou une journée, d’un point de vue et sur des questions qui ne sont pas les leur, les conduit à se décentrer, à élargir leur champ des possibles, à acquérir de nouveaux réflexes et à accéder à de nouvelles idées. L’exercice n’est pas facile car il doit être conduit dans les règles de l’art. Il exige notamment de savoir créer une bulle de confiance à l’intérieur de laquelle les participants acceptent d’être imparfaits pour être ensuite plus performants. C’est ce savoir-faire qu’a développé Compass Label.

Lorsque nous organisons avec des équipes d’ingénieurs en mal d’inspiration des séances de brainstorming destinées à insuffler un nouveau souffle à leurs projets, nous poursuivons un objectif principal : les convaincre de la pertinence de leurs idées et de leurs paroles sur l’ensemble des dimensions qu’ils s’interdisent habituellement – parce qu’éloignées des problématiques technologiques qui font leur quotidien –, des stratégies politiques des acteurs institutionnels aux pratiques de fédération de communautés, des évolutions du rapport au temps et aux nouveaux usages des espaces publics. Pendant un instant, nous voulons qu’ils oublient les contraintes capacitaires, les exigences techniques, les procédés industriels ou autres analyses de données, et nous leur proposons de réfléchir avec eux sur les sujets qu’ils maîtrisent le moins.

Dès lors qu’un climat de bienveillance est instauré et acquis, les résultats de la démarche sont frappants. Ce sont des idées d’une pertinence fulgurante, abandonnées dans la genèse du projet des mois auparavant sans avoir jamais été ni formulées, ni partagées, qui resurgissent. C’est l’articulation entre l’innovation technologique, sa valeur sociétale, la culture de l’entreprise qui la porte, qui se fait naturellement. C’est le degré d’adhésion au projet et de motivation des équipes qui se réinscrit dans une dynamique positive.

De même, lorsque nous travaillons avec des responsables marketing, des directeurs de création, des chefs de marque pensant maîtriser sur le bout des doigts les dernières techniques de la ruche de créativité ou du design thinking, c’est le même contrepied que nous leur proposons pour leur permettre de faire la différence. Leur métier consiste à sentir l’air du temps ? Nous les mettons face à l’inconfort de ce qu’ils ne connaissent pas, ou mal. Nous les confrontons aux dernières études académiques en date posant des grilles d’analyse scientifiques sur les principales évolutions sociales, économiques, digitales… en cours. Des grilles d’analyse qui parfois confortent leurs stratégies d’anticipation, souvent les bouleversent, et les conduisent toujours à penser différemment pendant quelques heures, et donc mieux ensuite.

Les dirigeants d’entreprise doivent prendre goût à l’imperfection. À penser de façon imparfaite. À laisser leurs collaborateurs avancer, réfléchir, créer de façon imparfaite. Pour retrouver enfin le chemin de la créativité, réinventer avec audace leurs métiers, concevoir de nouvelles offres de services. Pour être en phase, aussi, avec les attentes de clients actifs, de « clients partie prenante » de la conception de bien ou de service, mais ce sera l’objet de notre prochaine Boussole.

Vous avez envie d’aller plus loin ? Contactez Compass Label.

BOUSSOLE #1 – Réapprendre à se concentrer

3 bonnes raisons (prouvées scientifiquement) de réapprendre à se concentrer

Par Agathe Cagé (@AgatheCage) – COMPASS LABEL

Vous avez en permanence vos boîtes mail ouvertes ? L’œil rivé sur Twitter, Facebook, Instagram, Telegram, WhatsApp et les dernières notifications de trois titres de médias ? L’index prêt à relancer une mise à jour de n’importe quel flux d’actualités ? Vous vous savez incapable de suivre une réunion sans garder un œil sur un écran ou de passer un appel sans tapoter conjointement ? Bref, vous vous sentez comme machinalement conduit à porter votre attention sur de multiples choses à la fois ?

C’est mauvais pour votre santé. C’est préjudiciable à votre productivité. Et cela ne vous rendra pas plus créatif. Dédiez trois minutes à focaliser toute votre attention sur cet article. Vous en sortirez convaincu de la nécessité de réapprendre à vous concentrer.

Tout d’abord, en retrouvant une capacité de concentration, vous diminuerez votre niveau de stress. Une étude publiée par l’American Psychological Association en 2017 et récemment citée par Anna Goldfarb dans une chronique pour le New York Times, montre que la connexion permanente aux outils numériques, pour être instantanément joignable ou informé de l’actualité des réseaux, est associée à de hauts niveaux de stress. Vous pensez être stressé par le flux tendu des sollicitations qui s’abattent sur vous ? Vous l’êtes d’abord par votre incapacité à vous préserver des moments à distance de ce flux. Apprenez à vous déconnecter pendant quinze, trente ou soixante minutes, à couper les notifications, à attendre quelques heures avant de remonter un fil, bref apprenez à vous concentrer à nouveau sur une tâche, et vous sentirez rapidement la pression commencer à retomber.

Deuxièmement, vos performances sont diminuées lorsque vous vous consacrez à plus d’une tâche en même temps. La raison en est simple : lorsque vous abandonnez une tâche pour une autre (même si elle est aussi rapide que lire une notification), vous devez ensuite vous re-concentrer sur la tâche laissée en jachère. Vous perdez à chaque fois ce que le professeur Sophie Leroy a appelé des « résidus de concentration » (attention residue). L’accumulation de ces micro-pertes a des conséquences majeures : des études ont estimé que sauter en permanence d’une tâche à une autre pouvait vous coûter jusqu’à 40% de productivité. Regagnez 40% de productivité, c’est comme faire une semaine de travail de cinq jours en seulement trois ! L’important ne sera dès lors plus tant pour vous, comme le souligne le psychologue Adam Grant, de savoir gérer votre temps, mais d’être à même de gérer votre capacité de concentration.

Enfin et à l’encontre de bien des a priori sur le sujet, plus vous serez capable de vous concentrer, plus vous serez créatif. Vous rêvez d’être enfin inventif, de ne plus apparaître comme celui à qui les idées font toujours défaut lors des redoutés moments de réflexion collective et autre séminaire de motivation par l’innovation ? Ce n’est pas en scrollant frénétiquement tout ce qui vous passe sous la main que vous y parviendrez. Anna Goldfarb note en effet, dans la même chronique au NYT, que ce n’est pas le cerveau s’éparpillant mais le cerveau au repos qui est un terreau fertile à la créativité. D’autant que vous avez peu de chance d’avoir une idée disruptive en vous replongeant dans des échanges qui ne vous passionnent pas après avoir regardé une vidéo virale qui rendra d’autant plus fade à vos yeux le sujet de conversation auquel vous avez échappé pendant quelques instants. Ce phénomène est directement lié aux effets de contraste étudiés par la psychologie sociale.

Vous avez réussi à ne pas zapper pendant les trois dernières minutes ? Réessayer l’exercice aujourd’hui, pendant au moins dix minutes. Et si vous avez envie d’aller plus loin, contactez Compass Label.